La proposition de la Commission européenne visant à remplacer la directive 2011/7/UE par un règlement d’application directe. Délais de paiement plus stricts, pénalités automatiques et autorités d’exécution indépendantes pour protéger les PME.
Pourquoi la Commission a proposé de remplacer la directive de 2011 par un règlement
Des milliers de petites et moyennes entreprises font faillite chaque année en attendant le paiement de leurs factures. Les retards de paiement constituent la principale cause de problèmes de trésorerie pour les PME, et la directive de 2011 n’a pas résolu le problème car les États membres l’ont transposée de manière incohérente et l’application est restée insuffisante.
COM(2023)533, publiée le 12 septembre 2023. Faisant partie du paquet de soutien aux PME.
Roza Thun und Hohenstein (Renew, Pologne) a déposé le projet de rapport IMCO (PE756.002) le 14 novembre 2023
Le rapporteur a globalement soutenu la proposition de la Commission, tout en introduisant des modifications clés pour équilibrer la protection des PME et la flexibilité commerciale. Ses principales contributions ont été : introduire une flexibilité de paiement jusqu’à 60 jours pour le B2B lorsque les parties en conviennent mutuellement ; exiger que les autorités d’exécution soient indépendantes des organismes de marchés publics ; ajouter une exemption pour le secteur de la distribution concernant les biens à rotation lente ou saisonn&onniers ; et créer un cadre de publication pour les pratiques de paiement des pouvoirs adjudicateurs.
Tout en maintenant le délai par défaut de 30 jours, le rapporteur a proposé d’autoriser des délais de paiement B2B allant jusqu’à 60 jours lorsque les parties en conviennent expressément. Il s’agissait de l’écart le plus significatif par rapport au texte de la Commission, qui n’autorisait aucune flexibilité.
Le rapporteur a insisté pour que les autorités chargées de l’application soient indépendantes des autres autorités publiques, notamment celles impliquées dans les procédures de marchés publics. L’objectif était de prévenir les conflits d’intérêts lorsque les pouvoirs publics sont eux-mêmes des débiteurs en retard.
Des délais de paiement allant jusqu’à 120 jours ont été proposés pour le secteur de la distribution traitant des biens à rotation lente ou saisonn&onniers. Cela tenait compte des spécificités des flux de trésorerie dans les chaînes d’approvisionnement de la distribution.
Les pouvoirs adjudicateurs doivent publier annuellement leurs pratiques de paiement, en classifiant les paiements par intervalles (1-30, 31-60, 61-90, plus de 90 jours) et en indiquant le délai de paiement moyen. Les rapports doivent être transmis aux autorités chargées de l’application et être accessibles au public.
405 amendements déposés (PE757.130 : amendements 26-223 ; PE757.363 : amendements 224-405)
Les membres de la commission IMCO ont déposé 405 amendements au projet de rapport du rapporteur, reflétant de profondes divisions sur l’équilibre entre la protection des PME et la liberté contractuelle. Le principal champ de bataille était la durée maximale du délai de paiement : la Commission voulait une limite stricte de 30 jours sans exception, le rapporteur proposait une flexibilité B2B jusqu’à 60 jours, et plusieurs députés plaidaient pour une plus grande flexibilité ou des exemptions sectorielles.
Plusieurs amendements visaient à modifier le cadre des délais de paiement. Certains députés soutenaient la limite stricte de 30 jours de la Commission, faisant valoir que toute flexibilité serait exploitée par les grandes entreprises au détriment des PME. D’autres plaidaient pour des exemptions plus larges, notamment des délais de 90 jours pour des secteurs spécifiques tels que la construction et l’agriculture.
L’amendement 51 a supprimé la formulation « sans qu’une mise en demeure soit nécessaire » concernant le forfait d’indemnisation. Le texte adopté prévoit que la compensation est exigible automatiquement, mais ne contraint pas le débiteur à payer sans y être invité. Des restrictions ont été ajoutées concernant la renonciation aux droits lorsque le débiteur est un pouvoir public ou une grande entreprise.
Les autorités chargées de l’application doivent être indépendantes des autres autorités publiques, notamment celles impliquées dans les procédures de marchés publics. Cette précision a été explicitement ajoutée pour prévenir les conflits d’intérêts, les pouvoirs publics étant souvent eux-mêmes des débiteurs en retard.
Les autorités chargées de l’application doivent prendre des mesures « proportionnées » (terme ajouté) pour garantir le respect des délais de paiement. L’objectif était d’éviter une application trop agressive susceptible de perturber les relations commerciales.
Les autorités chargées de l’application doivent rendre publiques des informations agrégées sur le nombre de plaintes déposées contre des entreprises et des pouvoirs publics pour violation de l’article 3 (délais de paiement).
Les micro-entreprises (moins de 10 salariés) bénéficient d’une période de grâce supplémentaire de 12 mois en tant que débitrices, tenant compte de leur vulnérabilité particulière face aux changements réglementaires soudains en matière de pratiques de paiement.
T9-0299/2024, adopté le 23 avril 2024. Vote en commission IMCO : 33 pour, 10 contre, 2 abstentions.
Le Parlement européen a adopté sa position en première lecture le 23 avril 2024, intégrant les principales modifications du rapporteur et plusieurs amendements de commission. Le texte maintient le délai par défaut de 30 jours, mais ajoute une flexibilité significative pour les relations B2B, des aménagements sectoriels et des garanties d’application renforcées. Il a été adopté avec une large majorité (33-10-2 en commission), bien que l’opposition reflète les préoccupations de l’industrie quant à la liberté contractuelle.
Proposition de la Commission vs. texte adopté par le PE vs. directive 2011/7/UE en vigueur
| Disposition | Directive 2011/7/UE (en vigueur) | COM(2023)533 (Commission) | T9-0299/2024 (PE adopté) |
|---|---|---|---|
| Type d’instrument | Directive (nécessite une transposition) | Règlement (effet direct) | Règlement (effet direct) |
| Délai de paiement B2B | 60 jours (sauf accord contraire) | 30 jours (sans flexibilité) | 30 jours par défaut, 60 jours si convenu |
| Délai de paiement G2B | 30 jours (exceptionnellement 60) | 30 jours | 30 jours |
| Exception pour la distribution | Aucune | Aucune | Jusqu’à 120 jours (biens saisonn&onniers) |
| Forfait de compensation | Minimum 40 EUR | 50/100/150 EUR (par paliers) | 50/100/150 EUR (par paliers) |
| Déclenchement de la compensation | Manuel (le créancier doit réclamer) | Automatique (sans mise en demeure) | Automatique (disposition assouplie) |
| Application | Aucun organisme dédié requis | Autorités nationales requises | Autorités indépendantes requises |
| Titre exécutoire accéléré | Non précisé | 90 jours civils | 60 jours civils |
| Rapports publics | Aucun | Limité | Les pouvoirs adjudicateurs doivent publier un rapport annuel |
| Protection des micro-entreprises | Aucune | Aucune | Période de grâce de 12 mois en tant que débitrices |
| Paiements d’assurance | Incertain | Exclus | Inclus |
| Outils numériques | Non mentionné | Non mentionné | Article 17 : application numérique et formation |
L’industrie, les associations de PME et les organisations professionnelles ont pris des positions fortes
Dans une déclaration commune (mars 2025), ces trois grandes fédérations patronales ont demandé à la Commission de retirer entièrement la proposition. Leurs préoccupations :
L’ICISA indique que si un soutien limité à une réglementation plus stricte a été exprimé, de nombreux organismes représentant les entreprises ont appelé à davantage de flexibilité et à une remise à plat. La version du Parlement a assoupli certaines propositions mais a « finalement maintenu l’affaiblissement de la liberté contractuelle ». Les États membres ont exprimé des préoccupations quant à l’interaction avec les régimes nationaux existants.
Dans leur fiche d’information, AccountancyEurope propose une analyse équilibrée. Le règlement devrait avoir un impact considérable sur les PME : amélioration de la liquidité, réduction de la charge administrative liée aux relances de paiement et égalité des conditions de concurrence. Ils soulignent toutefois que les PME en tant que débitrices doivent également s’assurer de pouvoir payer dans le délai de 30 jours, ce qui a des implications importantes pour leur bilan.
Le Comité économique et social européen (CES3705/2023, 17 janvier 2024) et le Comité des régions (CDR4941/2023, 31 janvier 2024) ont tous deux rendu des avis sur la proposition. Ces organes consultatifs ont généralement soutenu l’objectif de lutte contre les retards de paiement, tout en soulevant des préoccupations quant aux difficultés de mise en œuvre pour les petites autorités publiques.
Une majorité d’États membres s’oppose à la proposition
Après l’adoption de sa position en première lecture par le Parlement européen en avril 2024, la proposition a été transmise au Conseil. Or, une majorité d’États membres ont exprimé leur opposition par le biais d’un non-document daté du 7 juin 2024. Leurs préoccupations font écho aux positions de l’industrie :
Aucune orientation générale ni aucun texte de compromis de présidence n’ont été publiés. Le dossier est de fait bloqué, et BusinessEurope, Eurochambres et EuroCommerce ont demandé à la Commission de retirer entièrement la proposition.
| Rôle | Nom | Groupe / Institution |
|---|---|---|
| Rapporteur actuel | Ivars Ijabs | Renew, Lettonie (IMCO) |
| Rapporteure précédente | Roza Thun und Hohenstein | Renew, Pologne (IMCO) |
| Rapporteur fictif (PPE) | Regina Doherty | PPE, Irlande |
| Rapporteur fictif (S&D) | Tsvetelina Penkova | S&D, Bulgarie |
| Rapporteur fictif (PfE) | Jorge Martin Frias | PfE, Espagne |
| Rapporteur fictif (ECR) | Reinis Poznjaks | ECR, Lettonie |
| Rapporteur fictif (Verts) | Reinier van Lanschot | Verts/ALE, Pays-Bas |
| Commissaire d’origine | Thierry Breton | DG GROW |
| DG responsable | DG GROW | Marché intérieur, industrie, entrepreneuriat et PME |
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